Nuit du droit. La saisissante reconstitution d’un procès d’assises

La Nuit du droit du 4 octobre a rassemblé sans doute un millier de personnes au palais de justice de Grenoble. Tous les rendez-vous ont affiché complet. La reconstitution d’un procès d’assises, réalisée à partir de faits dont la cour de Grenoble a eu à connaître, a constitué le clou d’une soirée qui s’est prolongée jusqu’à 23h30.

La salle 6 du palais de justice, celle qui accueille les audiences de cour d’assises.

Et le président de la cour donne lecture des faits reprochés au prévenu… On se pince, ce n’est pas vrai, c’est pour de faux. L’horreur. Mais ce procès de cour d’assises, joué pour la nuit du droit, est pourtant issus de faits réels. « Vous allez vivre une belle expérience », avait prévenu le bâtonnier David Roguet. Une expérience, à coup sûr.

Expérience vécue par un public nombreux, jeune, venu assister à la nuit du droit, organisée dans l’enceinte du palais de justice de Grenoble, le 4 octobre au soir. Dès l’ouverture, la file d’attente s’allongeait à l’entrée. Les quatre ateliers affichaient complet. La conférence sur la PMA refusait du monde. Dès 20 heures, il était clair que la salle de la cour d’assises échouerait à accueillir tous ceux qui se pressaient à sa porte pour assister à la reconstitution promise d’un procès d’assises.

Maître Jean Robichon, ce soir-là avocat des parties civiles.

On entre, tant bien que mal, pas tous. Le procès commence. Très vite, on se prend à penser que la gravité, la brutalité des faits évoqués ce soir là « pour de faux » constituent pourtant la réalité d’une cour d’assises. Tout avait été fait pour que le public soit plongé dans cette vérité. L’étudiant en droit qui jouait le rôle du prévenu aura été pour beaucoup dans la réussite de la soirée : on pouvait difficilement être plus vrai dans les réponses apportées aux questions du président de la cour et des intervenants de l’audience. Le décorum solennel qui sied à la justice était respecté au pied de la lettre.  Un jury d’assises avait été tiré au sort parmi les – très – nombreux volontaires qui s’étaient portés candidat dans le public. Une soirée qui restera à coup sûr gravée dans leur mémoire.

Les jurés avaient été tirés au sort dans le public.

Et le procès se déroula conformément aux règles. C’était naturellement une version condensée. L’audience qui devait durer deux heures s’acheva finalement au bout de trois, mais c’était pour représenter un procès pour lequel trois jours avaient été nécessaires. Ainsi, point d’interrogation de témoins, d’experts, d’analyse des pièces matérielles du dossier. Mais l’essentiel était là. On put entendre, outre le prévenu et le président de la cour – pour la circonstance un avocat, maître Denis Dreyfus -, l’avocat général – Jacques Dallest, procureur général près la cour d’appel qui avait bien voulu se prêter à l’exercice -, l’avocat des parties civiles – maître Jean Robichon – et celui de la défense, maître Arnaud Lévy-Soussan. Tous ont plaidé « comme en vrai », en faisant valoir la lecture du dossier par les parties qu’ils représentent dans un procès : la parole des victimes, celle de l’accusation au nom du peuple français et celle de la défense. Exercice intellectuel passionnant, n’était l’enjeu des débats : la privation de liberté d’un homme, l’irréparable douleur des proches des victimes.

Jacques Dallest, procureur général, avocat général pour cette soirée.

A l’issue des plaidoirie, le jury s’est réuni pour délibérer. Le procès reconstitué jusqu’au bout. Pendant ce délibéré, dont maître Dreyfus devait souligner la richesse, un autre débat s’est engagé entre le public demeuré scotché dans la salle et les professionnels qui venaient de s’exprimer. La différence du rôle de l’avocat des parties civiles et de celui du procureur, les lectures contradictoires d’un même dossier par les trois intervenants, le rapport à la vérité de l’avocat et de son client, l’importance de l’interrogation des témoins et des experts dont les déclarations figurent pourtant déjà dans le dossier, mais aussi la perspective de la création de tribunaux criminels départementaux qui pourront juger de certains crimes sans jury populaire. Le procureur Jacques Dallest, maîtres Robichon et Lévy-Soussan se prêtaient au jeu des questions et des réponses.

Maître Lévy-Soussan assurait la défense du prévenu.

Puis vint le délibéré. Préméditation retenue pour un assassinat et non pour le meurtre qui l’avait précédé, 25 ans de prison. Peine identique à celle qui avait été prononcée lors du procès réel, et que ces jurés d’un soir ne connaissaient naturellement pas.

Une reconstitution en tout point parfaite.

 

Les volontaires étaient nombreux à souhaiter faire partie du jury d’assises.

Pendant la réunion du jury, le débat s’est engagé entre le public et les professionnels de la justice.

 

 

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