Rentrée solennelle : la démocratie au cœur des débats

Les avocats grenoblois et leurs invités se sont retrouvés en nombre, le 29 septembre, pour une rentrée solennelle riche de réflexions avec notamment le concours d’un journaliste du Monde, Jacques Follorou. Une soirée qui a brillé de l’éloquence de jeunes étudiants et de la lauréate du prix Abécassis qui s’est achevée par une réception au cours de laquelle les débats ont pu se poursuivre.

« Démocratie, levez-vous! ». La démocratie, accusée. La démocratie à réinventer. La démocratie, le plus mauvais des systèmes à l’exception de tous les autres. La démocratie toujours bien vivante… Le thème a servi de fil conducteur à la rentrée solennelle du barreau des avocats de Grenoble, le 29 septembre dernier.

Maître Sixtine Vadon, lauréate du prix Abécassis 2017.

Il a donné lieu à de brillants exercices oratoires, tant de la part de deux étudiants en droit, Maurine Massoneau et Yassine Kassa, que de maître Sixtine Vadon, jeune avocate qui a prêté serment en décembre dernier. Cette dernière, lauréate du paix Abécassis, prix d’éloquence décerné par le barreau, a été l’auteure d’une plaidoirie brillante, impertinente, à l’humour corrosif… Une allocution inspirée pour caractériser un régime d’organisation de la société dont la robustesse au fil des siècles et les aspirations qu’il suscite laissent à penser qu’il peut prétendre à un avenir. Une prestation dont la qualité permettait au bâtonnier Wilfried Samba- Sambeligue de considérer sans risque que « la jeune génération est sans conteste l’avenir de notre grand barreau ».

Jean-François Beynel, premier président de la cour d’appel, remet le prix Abécassis à maître Vadon.

La démocratie était également au cœur de l’intervention de Jacques Follorou, journaliste d’investigation au Monde, auteur d’ouvrages sur le milieu corse. Un journaliste inquiet des évolutions législatives actuelles. « Le juge judiciaire est le grand perdant des réformes en cours », estimait-il. Il étayait sa démonstration par le renforcement du pouvoir de l’Etat tout en notant que « c’est la démocratie qui est pourvoyeuse de sécurité et non un recul des libertés ». Pour lui, ce sont les avocats qui peuvent « aider l’état à se protéger de lui-même » face à la tentation sécuritaire née du terrorisme.

 

Le bâtonnier Wilfried Samba-Sambeligue.

La démocratie menacée? Les avocats remparts de l’étiolement du droit? Le bâtonnier Wilfried Samba-Sambeligue en livrait une illustration lors d’une allocution tout à la fois inquiète et optimiste. Il faisait part de ses inquiétudes concernant la réforme de la carte judiciaire qui irait vers une centralisation des moyens de la justice, de celle d’un droit du travail qu’il connaît bien en tant qu’avocat dont c’est la spécialité d’exercice, ou encore de la modification des procédures d’appel dans un sens plus restrictif. Il notait encore l’importance du contrôle du juge et le choix de société que constitue la volonté de traduire l’état d’urgence dans le droit commun.  Mais c’est aussi une profession de foi en l’avenir du métier d’avocat qu’il délivrait. « Notre serment, notre raison d’être, c’est de défendre, de sorte que le salarié accède au même droit que l’employeur, le locataire face au bailleur, le démuni face au puissant », disait-il en relevant que ce métier de l’humain aurait toujours sa raison d’être, même si internet et l’intelligence artificielle accèdent plus rapidement aux données de la jurisprudence. Et de relever que l’exercice du service public de la justice passe aussi par la qualité des relations avec les magistrats « qui ont toujours ouvert leur porte au bâtonnier que je suis ».

Intervention qu’il concluait en notant que « nos seules limites sont celles que nous nous imposerons ».

Après trois heures de réflexions, il était temps de passer à un rendez-vous lui aussi important pour la vie du barreau, celui de la soirée conviviale qui suit la rentrée solennelle et permet de poursuivre les débats.

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