Evelyne Tauleigne prend officiellement ses fonction de bâtonnier

L’instant est toujours empreint d’émotion. Une page se tourne. Le bâton change de mains. Tous les deux ans en effet, c’est un nouveau bâtonnier qui préside aux destinées du barreau. Un bâtonnier élu par ses confrères et qui n’est pas rééligible au terme de son mandat.

La transmission du bâton entre David Roguet et Evelyne Tauleigne, nouveau bâtonnier de l’ordre des avocats de Grenoble.

Un bâtonnier ou une bâtonnière? Car la question se pose désormais pour les avocats grenoblois. Pour la deuxième fois, puisque la précédente, oserons-nous bâtonnière, avait été élue en 2007 en la personne de maître Pascale Modelski. Evelyne Tauleigne a mis les choses au point : elle préfère le masculin, s’agissant d’une fonction, celle de bâtonnier; mais laisse le loisir à chacun de faire comme il veut.

Là n’était pas l’essentiel du propos… L’essentiel, c’était la raison d’être de la soirée : la passage de témoin entre David Roguet, bâtonnier de l’ordre des avocats de Grenoble ces deux dernières années, et Evelyne Tauleigne, bâtonnier élue jusqu’à la fin de l’année 2021. L’essentiel, c’était aussi ces trois semaines de grève que les avocats ont observées depuis le début de l’année.

Des applaudissements nourris ont salué la première allocution officielle d’Evelyne Tauleigne.

Aussi le bâtonnier Tauleigne ne manquait-elle pas de consacrer une part importante de son allocution à ce mouvement. Elle soulignait à nouveau que ce mouvement n’est en rien dirigé contre les magistrats – la première présidente de la cour d’appel, le procureur général, la présidente du tribunal judiciaire…, ainsi que maître Nourredine Benissad, président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, assistaient à cette transmission du bâtonnat -, mais représente l’unique moyen à la disposition des avocats pour faire entendre leurs inquiétudes. Car l’augmentation des cotisations sociales assorties d’une baisse des pensions signifie la disparition des cabinets aux ressources les plus fragiles : « cela veut dire la création de déserts judiciaires où l’accès au droit devient encore plus difficile pour le justiciable », constatait le bâtonnier Tauleigne.

Le bâtonnier Tauleigne au cours de son allocution.

La grève n’empêche pourtant pas de garder un œil sur des horizons moins immédiats. Maître Tauleigne indiquait ainsi qu’elle placera son mandat sous l’égide de deux grandes évolutions pour la profession, celle des modes alternatifs de règlement des différents (les MARD) et celle de l’irruption de l’intelligence artificielle. D’agissant des premiers, elle relevait que « si la justice n’a plus les moyens d’exercer ses missions et si le législateur écarte le juge d’un nombre toujours plus important de procédures, alors prenons, nous avocats, cette place ». Evelyne Tauleigne demandait également que ces qualifications nouvelles des avocats et ce rôle accru que la loi leur confère doit être reconnu par une rémunération décente de ces interventions et que ces évolutions soient traduites en toute logique par la reconnaissance du caractère exécutoire de l’acte d’avocat. L’intelligence artificielle, elle appelait les avocats à s’en saisir comme d’une opportunité pour se recentrer sur le cœur de métier de l’avocat, autrement dit le contact humain que décrit le serment prêté par chacun d’entre eux à son accueil dans la profession.

David Roguet au terme d’un mandat intense de deux années à la tête du barreau de Grenoble.

Cette intervention d’Evelyne Tauleigne avait été naturellement précédées des mots chaleureux prononcés à l’endroit de sa consœur par le désormais ancien bâtonnier David Roguet. Ce dernier saluait « la bienveillance, la compétence et la détermination » de sa successeur et indiquait sa foi en l’avenir : « tout arrive », disait le peintre Manet, cité par David Roguet. « A force de passion, d’envie et de combats parfois, transformons nos vies en destin », proposait David Roguet.

La soirée avait été ouverte par la présentation de l’ensemble des responsables des commissions du barreau, présidées par des membres du conseil de l’ordre à deux exceptions, le droit du sport et la culture.