Dauphiné libéré.
Une industrie face à son avenir

La commission culture du barreau organisait le 15 décembre une visite du siège du Dauphiné libéré à l’heure des bouclages successifs des éditions et du démarrage des rotatives. Soirée des plus intéressantes, sous la houlette du rédacteur en chef du journal, Jean-Pierre Souchon. Un aperçu tout à la fois de l’outil industriel et des défis auxquels l’information est aujourd’hui confrontée.

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L'examen de la Une en cours de réalisation. Selon l'actualité locale et nationale, elle peut être spécifique à chaque édition. Et doit être pensée en fonction de la pliure du journal : seule sa moitié supérieure est directement visible en kiosque.

L’examen de la Une en cours de réalisation. Selon l’actualité locale et nationale, elle peut être spécifique à chaque édition. Et doit être pensée en fonction de la pliure du journal : seule sa moitié supérieure est directement visible en kiosque.

Certes, le Dauphiné libéré, comme l’ensemble de la presse française subit une crise difficile. Il n’en reste pas moins un cas rare en France : le journal équilibre ses comptes. C’est l’une des nombreuses découvertes qu’ont pu faire les participants à la visite du siège du journal, le 15 décembre dernier, à l’invitation de Bernard Collomb, président de la commission culture du barreau de Grenoble. Visite passionnante, tant du point de vue de la machine industrielle que constitue aujourd’hui un journal quotidien que des perspectives de l’information telles qu’elles étaient présentées par Jean-Pierre Souchon, rédacteur en chef du Dauphiné libéré et coordonnateur des titres du groupe.

Car l’actionnaire unique du Dauphiné est aujourd’hui le Crédit mutuel, qui possède neuf quotidiens régionaux de la façade Est de la France, du Luxembourg jusqu’en Avignon. Ce qui permet la mutualisation de certains services, l’informatique ou, du point de vue de l’information, les IG, les informations générales traitées par des journalistes à Paris pour l’ensemble du groupe.

Cette structure est l’une des clés du succès du journal, mais c’est loin d’être la seule. « Le Dauphiné a toujours été un journal pionnier, rappelait Jean-Pierre Souchon à son auditoire, le premier à publier une photo en couleur dès 1965, le premier à proposer un supplément télé, et nous diffusons aujourd’hui un journal des enfants à 280 000 exemplaires ; cinq numéros gratuits par an à l’attention des 6 à 11 ans, avec l’objectif de contribuer à donner le goût de la lecture ».

Les fondamentaux du métier

L’innovation n’exclut pas le sérieux. Le sérieux des fondamentaux de la presse. « Nous travaillons ensemble tous services confondus, rédaction, vente et publicité », expliquait Jean-Pierre Souchon. Des services qui ont encore parfois l’habitude de se regarder en chiens de faïence dans d’autres titres. Et puis l’essentiel : « à un moment où la vitesse de circulation de l’information s’accroît de façon exponentielle, où il se raconte absolument n’importe quoi sur les réseaux sociaux, il est plus que jamais fondamental de publier une information strictement vérifiée ».

La réflexion sur l’avenir, également. « Le temps où le journal avait la fonction de la révélation est révolu, lorsque nous arrivons dans les kiosques, le lecteur sait ce qui s’est passé la veille ; je dis toujours à mes rédactions que l’important, c’est aujourd’hui la valeur ajoutée que nous pouvons apporter à l’information : sa hiérarchisation, sa mise en perspective, son analyse, les commentaires pertinents que notre réseau de contacts peut apporter au lecteur ». La force d’un quotidien régional, c’est sa proximité avec ses lecteurs, l’expérience de ses journalistes et le réseau de connaissances qu’ils se constituent jour après jour.

Le défi du numérique

Ce qui n’empêche évidemment pas de songer au numérique. « Le problème posé à toute la presse est celui de la difficulté à monétiser l’information sur la toile face à la culture du gratuit ; nous réalisons encore 90% de notre chiffre d’affaire sur le papier, même si notre site internet est l’un des plus consultés de la presse française, indiquait Jean-Pierre Souchon en constatant : lorsque nous réalisons 200 euros de pub sur le papier, nous en faisons 20 sur le numérique ». Reste que le numérique constitue bien le média d’avenir de l’information face à la baisse de la diffusion du support papier. L’enjeu est donc de conserver la qualité de l’information, de faire émerger un modèle économique du numérique, et de jouer de la complémentarité entre média numérique et papier. Le Dauphiné libéré travaille actuellement sur un projet de développement qui prenne appui sur le point fort de sa proximité avec son lectorat en utilisant pleinement les possibilités du numérique : c’est le « journal à la carte ». « Nous voudrions apporter au lecteur une information liée à ses centres d’intérêt, commentait Jean-Pierre Souchon, quelqu’un qui s’intéresse au rugby ou à la vie politique grenobloise pourrait recevoir sur sa tablette des articles prioritairement centrés sur ce qui ce qui le passionne ». Projet d’importance eu égard aux investissements qu’il suppose, projet à l’enjeu considérable, puisqu’il y va de l’avenir d’une information vérifiée.

Une soirée de réflexion, mais aussi une visite pleines de découvertes. Toujours impressionnant de voir la rotative cracher le papier, de saisir un journal dont l’encre n’est pas sèche, d’assister à la confection de la Une avec toutes les contraintes que recèle l’exercice, ou encore de découvrir le poste de pilotage du journal qui, dans une configuration qui rappelle celle de la cabine de pilotage d’un Airbus, permet de suivre minute par minute la production du journal… et de rappeler à l’ordre ceux qui resteraient secs devant leur écran. Car ce métier perdrait de son charme sans l’adrénaline du bouclage…

 


 

60

kilomètres à l’heure. C’est la vitesse de circulation du papier dans les rotatives, réduite à 30 kms/h lors de l’opération de collage entre deux bobines. 80 000 exemplaires sortent chaque heure des rotatives de Veurey, soit vingt-deux numéros à la seconde.

260 000

exemplaires. C’est la diffusion moyenne du Dauphiné libéré. Elle s’élève à 380 000 le dimanche. Le Dauphiné libéré est le deuxième quotidien, au niveau national, derrière Ouest France.

900

salariés travaillent au Dauphiné, dont 300 journalistes. Le quotidien fait également appel à quelque 2 500 correspondants locaux de presse.

950

suppléments et hors série sont édités chaque année par le groupe Dauphiné libéré. On pourra citer Alpes Loisirs, Grenoble en résistance, Nationale 7, Vivre à Grenoble… Cette activité éditoriale génère un chiffre d’affaire de 6 millions d’euros. L’un des secrets de la bonne santé économique du groupe.

225 000

lignes sont écrites chaque jour par les journalistes et correspondants du journal. La production quotidienne se chiffre à 450 pages qui forment les trente-trois éditions locales du Dauphiné libéré.

4

millions d’euros. C’est le montant de l’investissement en cours dans les éditions numériques avec l’objectif de mettre à la disposition des lecteurs des contenus qui leur soient spécifiques, un « journal à la carte». Le site du Dauphiné libéré est aujourd’hui le troisième site de presse le plus consulté en France.

A Veurey, l'un des deux groupes de rotatives qui assurent l'impression quotidienne des éditions du Dauphine libéré.

A Veurey, l’un des deux groupes de rotatives qui assurent l’impression quotidienne des éditions du Dauphine libéré.

 

A la sortie des rotatives, les journaux cheminent à toute vitesse en un long ruban qui les conduira aux expéditions pour être empaquetés.

A la sortie des rotatives, les journaux cheminent à toute vitesse en un long ruban qui les conduira aux expéditions pour être empaquetés.

 

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